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Propos recueillis par Zast
- Bonjour Guillaume, pourriez vous nous décrire votre parcours ?
Bonjour Stéphane. Mon parcours est un peu chaotique pour ne pas dire bordélique. Disons que j'ai fait diverses choses autant en rapport avec la communication (radio, publicité papier…) que pas du tout (usine, pompes à merde, déménagement…) tout en écrivant des scenarii en préparation du futur que je voulais lier au cinéma. Puis je me suis lancé avec ma petite caméra DV et j'ai réalisé divers courts-métrages. Apprenant un peu plus à chaque fois tout en évitant de répéter les erreurs. Je préfère me former par moi-même sur le tas car je pense que c'est la seule façon de progresser et de trouver son style propre.
- Pourquoi êtes vous attirés par les films asiatiques ?
Je crois que j'aime particulièrement le rythme assez lent d'une part, les plans larges où le personnage n'est qu'un détail du décor, le strict minimum de dialogues. Et puis il y a aussi une grande originalité et créativité que l'on peine de plus en plus à trouver dans le cinéma occidental aujourd'hui.
- Quels sont pour vous vos 3 réalisateurs cultes ?
Question extrêmement difficile… C'est pire que le choix de Sophie. En tête pas de problème c'est évidemment l'Empereur : Akira Kurosawa. Ensuite Shohei Imamura (dont la très récente disparition m'a fait un choc) et Takeshi Kitano (plutôt sur le début de sa carrière). Mais je ne pourrais pas dormir la conscience tranquille si je ne cite pas Masaki Kobayashi, Kihachi Okamoto, Seijun Suzuki, Tim Burton, Woody Allen et Charlie Chaplin.
- Je crois que vous avez rencontré Hiroshi TODA au festival Asiexpo en 2004... Pourquoi avoir décidé de faire un film ensemble ?
Parce que dès notre rencontre, nous avons compris que nous avions une même sensibilité pour beaucoup de choses. Comme nos points de vues convergeaient souvent, et surtout que nous étions très amis, nous avons eut envie de mélanger nos « talents » respectifs. - Pourriez vous nous parler de Sakura no kage (L'ombre du cerisier) ?
Il s'agit de l'histoire d'un tueur à gages, Pierre (que j'incarne) qui mène une vie solitaire et sans beaucoup de sens. Un jour il reçoit une lettre provenant du Japon avec à l'intérieur une photo de son ex-employeur, Okayama, et de ses deux filles. Et Pierre part au Japon… La principale particularité de ce film est que nous l'avons voulut silencieux, avec le minimum de dialogues possibles. Nous avons privilégie l'atmosphère, les images, les regards (ou les non regards) plutôt que les explications. Nous voulions laisser le spectateur libre de ses émotions.
- Le tournage a t il été difficile ?
Il a été surtout très intense. Au Japon nous avons tourné durant 7 jours non stop. Et quand on sait que cela représente 50 minutes du film cela fait beaucoup de scènes en peu de temps. Et puis je ne fais que baragouiner le Japonais, Toda ne parle ni anglais ni français comme la plupart des membres de l'équipe. Donc j'ai beaucoup gesticulé pour me faire comprendre. Et enfin chaque soir, quand tout le monde allait se coucher aux alentours de minuit, Toda et moi nous retrouvions pour discuter du planning du lendemain et améliorer le scénario.
 - Vous êtes acteur/réalisateur pour ce film (tout comme Hiroshi TODA ), pourquoi cette double casquette ?
Pour des raisons de praticité tout d'abord. On avait besoin d'un personnage français à filmer au Japon, et d'un japonais à filmer en France. Comme je résidais au Japon, et que Toda devait revenir avec moi en France, les rôles nous ont été incombés par la logique des choses. Mais également parce que le personnage de Pierre me correspondait sur de nombreux points et que je ne voyais pas quelqu'un d'autre l'incarner.
- Pourquoi avez-vous choisi de tourner à Clermont-Ferrand ainsi qu'à Tôkyô et Fukui ?
(Il s'agit de Kyôto et non Tôkyô). Nous avons choisit Kyôto et Fukui pour leur aspect très traditionnels, et aussi parce que ces villes sont proches de la nature, qui est un élément très important et récurrent pour Toda comme pour moi-même. Le choix de Clermont-Ferrand repose sur les mêmes raisons. Nous voulions présenter des images de chacun de nos deux pays que l'on n'avait pas l'habitude de voir ailleurs.
- Avez vous complètement fini le film ou vous reste t il des choses encore à faire ?
Le film n'est pas tout à fait fini de monter. On a fait ensemble la plus grosse partie du montage lorsque j'étais au Japon, mais depuis Toda travaille seul devant son ordinateur, il m'envoie une version que je commente et on retravaille. Mais c'est très frustrant. Je ne peux pas lui expliquer exactement ce que j'aimerais (une frame en moins ici, trois de moins là). Et puis nous attendons avec impatience la musique composée par Mikiko Hasegawa (compositrice officielle de Toda) qui sera magnifique sans aucuns doutes. Nous espérons que le film soit prêt avant la fin de cet été.
- Par rapport au scénario, y a-t-il eu des choses que vous n'avez pas pu inclure dans votre film faute de budget ?
Il n'y a pas de scènes qui nécessitait de gros moyens, donc nous n'avons pas du oublier une idée parce qu'elle était coûteuse. Par contre il y a divers aspects que l'on aurait aimé développer mais que l'on a pas pu, faute de temps. Et ce manque de temps venait du manque de moyen. Avec un bon budget, on aurait pu tourner plus longtemps. Mais quoiqu'il en soit je pense que quelques acteurs et peu de moyens suffisent tant que l'on a une bonne idée. Je laisse la pyrotechnie à Hollywood.  - A quel type de public est destiné votre film ?
Difficile question. Je dirais d'abord à ceux qui aiment les films indépendants et les films asiatiques, parce qu'ils seront plus ouverts à voir un nouveau type de cinéma. Après, la dernière chose que j'ai envie de voir c'est justement que le film soit étiqueté et prédisposé pour un type de publique. Je pense que le film peut toucher de très diverses personnes si on lui laisse faire ses preuves.
- Quels sont selon vous, les différences entre un tournage de type asiatique et un tournage de type européen ?
Je m'abstiendrais de répondre à cette question à laquelle il ne me vient aucune réponse qui vaille qu'on s'y intéresse. Je n'ai pas assez d'expériences pour répondre.
- Avez vous eu des soucis pour tourner au Japon, du fait qu'il faut beaucoup d'autorisations ? (un peu comme Jean-Pierre Limousin qui avait eu des soucis dans Tokyo Eyes ou il avait dû filmer des scènes à la sauvette)
Nous n'avons pas cherché à avoir des autorisations. Comme nous fonctionnons beaucoup à l'inspiration du moment et selon le lieu on ne pouvait pas s'embarrasser de ce genre de soucis. On marchait et quand une rue ou une place nous plaisait, 5 minutes plus tard on était en train de tourner. Comme Fukui est une petite ville, il n'y avait évidemment aucun problème, quant à Kyôto on n'y a croisé aucun policier qui aurait pu nous créer des ennuis. Nous avons cherché à cacher la caméra pour certaines scènes de foule, mais c'était seulement pour que les passants ne la remarquent pas et ne regardent pas dans sa direction.
- Comment les japonais réagissaient-ils au fait que vous soyez Français ?
Au départ on ne sent presque comme une star. Beaucoup de japonais ont rarement eut l'occasion de côtoyer un étranger, et qui plus est, les français ont un énorme prestige. Les gens sont donc extrêmement curieux et sympathiques, n'hésitant pas à m'aborder pour le seul fait de discuter avec un étranger, et sont au petit soin tout en étant intimidés. Sans parler de nombreuses filles qui se mettent à glousser pour m'avoir parlé deux secondes. C'est vraiment irréel comme situation. Au début on y prend plaisir, car cela fait toujours du bien à l'égo de se savoir remarqué et d'une certaine façon admiré. Mais petit à petit on est obligé de reconnaître que tout cela ne porte que sur le fait d'être un français, pas pour soi-même. Et l'on finit presque par se sentir isolé d'être traité ainsi. Un étranger au Japon reste un étranger au Japon. Les japonais ne s'attendent pas (et peut-être ne souhaitent pas) qu'un étranger puisse comprendre leur culture et se mêler parfaitement parmi eux et il est difficile d'être simplement traité comme tout le monde.
- Quels sont vos projets ?
Je réalise actuellement une série de courts-métrages sous forme de contes qui formeront un tout cohérent. Et puis j'ai deux ou trois projets de long métrage, dont un que je veux tourner au Japon mais j'aimerais tenter l'aventure seul cette fois. Il s'agirait d'un boxeur français au Japon. Encore une fois je compte incarner le personnage. Donc pour les besoins physiques comme scénaristiques je me suis mis à la boxe depuis quelques temps. Je vais également suivre des cours de comédie cet été afin de donner plus d'épaisseurs à mon jeu. Cela m'a beaucoup plu d'être acteur, et je ne suis pas contre le fait d'être dirigé par un autre réalisateur et de me « contenter » du rôle de comédien. Mais pour le moment, l'important est de parvenir à trouver un distributeur pour Sakura no kage. |